« Ben a maintenant six ans. Il a déjà fait de l’orthophonie quand il avait quatre ans. A l’époque, c’était ma cousine qui m’avait dit d’aller à la PMI. Tout le monde voyait qu’il parlait mal, il n’arrivait pas à bien prononcer plusieurs sons. Le docteur m’a conseillé d’aller chez l’orthophoniste même si je trouvais qu’il était encore petit. Les séances ont duré un an environ ; La dame m’a expliqué qu’il fallait aussi qu’il grandisse dans sa tête, qu’il fallait arrêter le biberon ; c’est vrai que c’est le petit dernier et que je l’avais beaucoup couvé. Il a bien progressé au fur et à mesure des séances. Au final, ça a été facile pour le biberon, de toute façon, il n’en n’avait plus besoin. Tout le monde a fini par mieux le comprendre ; nous étions tous fier de lui. L’orthophoniste l’a félicité pour ses progrès et nous a dit que c’était bon pour le moment mais qu’il faudrait peut être refaire le point plus tard au début de l’école primaire. A l’époque, je n’avais pas bien compris et je n’ai pas osé lui demander de m’expliquer pourquoi. Aujourd’hui Ben est au CP et du coup j’y repense et ça m’inquiète parce que je sais que c’est important, que c’est pour son avenir. Mon mari lui, il me dit que ça n’a rien à voir de parler ou de lire et écrire mais je m’inquiète quand même.

Diagnostic de la situation

Ben est un jeune garçon qui a tiré profit de ses soins orthophoniques. A tel point que les séances ont été arrêtées à l’issue du traitement, ce dont il faut se réjouir.

Tous les enfants qui ont ou qui ont eu des troubles à l’oral ne vont pas forcément en présenter à l’écrit.

Il y a néanmoins un lien direct entre ces deux formes d’apprentissage bien qu’elles puissent sembler différentes. Elles ont en commun la nécessité de maîtriser les sons, de pouvoir les reconnaître, les discriminer et enfin les manipuler.

Bon nombre d’études évoquent la notion de risque proportionnel : plus un enfant a des troubles du langage oral associés (par exemple : le vocabulaire, la grammaire et la prononciation), plus le risque de troubles du langage écrit augmente.

La maman de Ben a raison; son fils a davantage de risques d’avoir des difficultés à l’écrit qu’un enfant qui n’a jamais eu de troubles à l’oral mais ce n’est pas une certitude. Une surveillance sans inquiétude excessive s’impose donc en faisant le point avec l’orthophoniste à la fin du premier trimestre du CP par exemple. En l’absence de difficulté constatée, et donc de séances à prévoir, un nouveau bilan l’année suivante pourra être conseillé par précaution.

Solutions proposées

– Allez consulter le médecin traitant pour qu’il puisse prescrire un bilan orthophonique qui servira à la fin du premier trimestre du CP. Ce bilan pourrait semblé prématuré mais il permet de faire le point sur les acquisitions du langage écrit et d’éventuels troubles cognitifs sous-jacents qui permettent de justifier ou non la prise en soins orthophonique. On sait qu’il existe un risque exponentiel de répercussions sur la lecture et les apprentissages en fonction du nombre de domaines du langage oral touchés : 19% pour un seul domaine, 72% dès deux domaines touchés, 89% à partir de trois domaines cumulés. Une prise en soins précoce intensive minimise donc les troubles.

– Signalez les antécédents de l’enfant aux enseignants pour qu’ils soient attentifs à ce sujet.

– Rassurez l’enfant et ne pas être trop exigeant ni alarmiste: la plupart des enfants qui apprennent au CP n’écrivent pas forcément tout de suite très bien sur les lignes et peuvent confondre quelques sons sans que ce soit préoccupant.

– L’orthophoniste consulté(e) le moment venu déterminera s’il est nécessaire ou pas d’entamer un suivi pour d’éventuelles difficultés et poser alors le diagnostic qui s’imposerait.