« C’est compliqué au quotidien pour Mathilde comme pour nous : les autres enfants font des remarques et refusent de jouer avec elle. Les adultes hésitent à la prendre dans les bras. Elle doit porter des bandanas ou des foulards en permanence pour récupérer la salive et éviter de se salir. Ses lèvres sont souvent irritées. Je vois bien qu’elle ne le fait pas exprès. Je ne sais pas comment l’aider. »

La salive

En moyenne nous produisons 1,5 litre de salive par jour et nous avalons spontanément environ 2000 fois par jour. On appelle ça la déglutition. La salive est très utile car elle permet de faciliter la progression des aliments vers le fond de la gorge. Elle joue un rôle dans le développement du goût. Elle contribue à protéger les muqueuses des gencives et les dents. Elle contient également une substance appelée enzyme qui intervient dans la digestion.
En principe, le bavage disparaît vers 3-4 ans mais peut, dans certains cas, persister.

Quelles sont les causes principales du bavage ?

La cause la plus fréquente est que l’enfant garde la bouche ouverte. C’est ce qu’on appelle la béance buccale. L’enfant ne produit pas plus de salive mais il a du mal à l’avaler. Les poussées dentaires peuvent aussi en être la cause.

Les amygdales sont très grosses. La langue n’a plus de place dans la bouche. La salive reste dans la bouche car c’est difficile d’avaler.

Mais alors, pourquoi mon enfant garde-t-il la bouche ouverte ?

Les raisons sont diverses.

  • Les raisons anatomiques : La fermeture de la bouche peut être compliquée : une langue trop grosse, un trouble de l’articulé dentaire comme par exemple un décalage important entre les deux arcades : les dents du haut et la mâchoire.
  • Les raisons fonctionnelles : les muscles du visage, de la langue, des joues manquent de force. La respiration par le nez est impossible et dans ce cas, la bouche doit rester ouverte pour assurer la ventilation.
    Il arrive aussi que les muscles qui interviennent dans la déglutition soient mal coordonnés, ou encore que votre enfant ait une sensibilité diminuée, notamment autour de la bouche. Ainsi, il ne se rend pas compte qu’il bave et n’est pas gêné par la salive qui coule en permanence sur son menton.
    Une autre raison pourra être un reflux gastro-oesophagien (RGO) lié à un dysfonctionnement de la petite valve qui se situe entre l’œsophage et l’estomac, le cardia. Au lieu de s’ouvrir uniquement pour laisser passer les aliments vers l’appareil digestif, elle s’ouvre dans l’autre sens par contraction de l’estomac.

Quel(s) professionnel(s) dois-je aller consulter ?

Une consultation ORL est nécessaire avant toute chose.
L’Oto-Rhino-Laryngologiste fera un bilan anatomique complet qui lui permettra de repérer un mauvais positionnement de la langue, un frein de langue trop court, un trouble de l’articulé dentaire (les dents de l’arcade supérieure ont – elle un contact correct avec celles de l’arcade inférieure ?), une allergie, un reflux, mais aussi un retard psychomoteur ou une hypotonie globale (relâchement musculaire). Il regardera également l’état dentaire, fera un point sur la présence ou l’absence de fausses routes.
Il va vérifier que rien n’obstrue le nez, que les amygdales et les végétations ne prennent pas trop de place. Si votre enfant dort la bouche ouverte et ronfle, il pourra aussi proposer un enregistrement du sommeil. Il permettra de détecter la fréquence des ronflements, leur intensité ainsi que les éventuelles apnées qui ont lieu pendant la nuit. Si une obstruction est détectée, on vous proposera peut-être une chirurgie des amygdales et des végétations ou de la rééducation. Une freinectomie (chirurgie du frein de la langue) pourra aussi être proposée si la langue manque de mobilité et gêne à la déglutition. En effet, le frein, ce « petit fil » qui est situé sous la langue, la gêne parfois dans ses mouvements et il peut être utile de lui donner plus de mobilité.
Il vous interrogera aussi sur les habitudes de votre enfant (prend-il une tétine régulièrement, a-t-il l’habitude de porter des objets en bouche…).
Il fera également un point sur ses infections ORL.

Et ensuite ?

  • Si la cause est une obstruction liée aux amygdales ou aux végétations, ou s’il s’agit d’un problème de frein de langue, l’ORL proposera probablement une chirurgie. Il existe différentes techniques. Il veillera, avant cette chirurgie, à vérifier la bonne mobilité du voile du palais. La freinectomie est une intervention aux suites simples. Elle nécessite une rééducation pré- et post-opératoire qui se fera chez un kiné ou chez un orthophoniste.
  • S’il s’agit d’une macroglossie (une langue trop grosse), le bavage est souvent associé à des troubles d’articulation, des troubles de la déglutition, ainsi qu’un ronflement. Elle demande un effort pour que la langue reste dans la cavité buccale, car au repos elle est souvent protubérante. (la langue reste sortie).
  • Si une allergie est repérée, une consultation allergologique sera nécessaire.
  • Dans le cas de reflux, il faut aller faire le point avec un gastropédiatre afin qu’il propose un traitement adapté. La salive n’est dans ce cas, pas la seule cause du bavage mais du liquide gastrique (contenu dans l’estomac), se trouve mélangé à la salive. Il signe souvent une haleine forte.
  • Si la cause est liée à une difficulté à fermer les dents, une consultation chez un pédodontiste s’impose. Il vérifiera l’état dentaire et les articulations temporo-mandibulaires (celles qui permettent l’ouverture de la bouche), ainsi que les points de contact des molaires. Chez ces enfants, on note souvent la présence de tartre. Les détartrages doivent être faits fréquemment. (tous les 6 mois)
  • Le retard psychomoteur pourra être précisé par un neuropédiatre qui vous orientera sans doute vers la rééducation psychomotrice, kinésithérapique, orthophonique.

Et moi, en tant que parent, que puis-je faire ?

  • Au-delà de ces consultations, il faut essuyer le plus souvent possible la bouche de l’enfant en remontant du menton vers la bouche, en tapotant. En effet, la peau est souvent irritée et il sera plus confortable de tapoter plutôt que de lisser.
  • Il faudra veiller à bien hydrater le visage de votre enfant, plus particulièrement l’hiver car cette zone pourra être douloureuse.
  • On demandera régulièrement à l’enfant d’avaler sa salive afin d’essayer d’établir un automatisme.
  • Au besoin, on le convaincra de se débarrasser de sa tétine.
  • Proposez à votre enfant des aliments froids et/ou des boissons gazeuses non sucrées. Attention ces boissons sont à proscrire en cas de reflux.

Si ces derniers conseils ne sont pas suffisants, les massages à l’intérieur de la bouche sont très favorables aux enfants qui présentent des troubles de la sensibilité. Ils serviront à faire prendre conscience à l’enfant de ce qui se passe dans et autour de sa bouche. Un orthophoniste ou un kinésithérapeute pourra vous guider après un bilan.
Vous pourrez faire participer votre enfant à des activités culinaires. Elles permettent de développer le goût et l’odorat car en cuisinant, tous les sens sont stimulés.
En complément, on peut faire porter à l’enfant des poignets en éponge du type de ceux que portent les sportifs et l’inciter à s’essuyer avec, régulièrement.
On va chercher aussi à renforcer la tonicité des lèvres, de la langue en multipliant les activités bucco-faciales au quotidien plusieurs fois par jour (le bruit du baiser, les grimaces, le trot du cheval, souffler sur une balle ou des bulles de savon, les cris de animaux, tirer/rentrer la langue, sourire/avancer les lèvres…)
Évidemment, en fonction des compétences de l’enfant, on adaptera les exercices et vous pourrez en inventer beaucoup d’autres.
Mais attention, ces exercices seront réalisés souvent mais par sessions courtes (plusieurs fois par jour, seulement pendant 2 ou 3 minutes à chaque session). Cet accompagnement ne doit pas être insistant. Si l’enfant le vit comme une corvée, cela deviendra vite pénible et ce qui pourrait être vécu comme un jeu, perdra toute son efficacité.

Et quelle est l’efficacité de ces méthodes ?

Pour ce qui concerne les obstructions et les problèmes de reflux, les traitements sont souvent efficaces rapidement, s’ils sont bien adaptés. Ils pourront parfois être complétés par un régime alimentaire plus adapté, permettant de limiter le reflux.
Si le problème est musculaire, le résultat est plus long à obtenir. La régularité des exercices et la pleine adhésion de l’entourage, l’âge et le comportement du sujet seront des qualités essentielles pour obtenir de bons résultats.
Mais à défaut d’obtenir un résultat parfait, on constatera au bout de quelques mois que le bavoir, le foulard ou les vêtements ne nécessiteront plus d’être changés aussi souvent. Malgré tout, on peut noter une persistance du bavage.
Il faudra par ailleurs garder en mémoire que le bavage est toujours majoré en cas de concentration extrême, de fatigue ou encore d’infection ORL…C’est pourquoi, si votre enfant est en âge scolaire, il sera préférable de poser les livres ou les fiches de travail sur un plan incliné comme un pupitre.

Le bavage n’est pas une fatalité. Une consultation ORL bien menée pourra vous orienter vers des solutions efficaces.
À défaut de supprimer toute trace de fuite salivaire, ces solutions permettront d’améliorer la capacité de votre enfant à déglutir.
Une bonne hygiène bucco-dentaire est dans tous les cas nécessaire.
Quelques jeux de grimaces ou de bruits faisant intervenir les muscles des lèvres, des joues de la langue seront d’une grande aide s’ils sont faits régulièrement et fréquemment dans la journée.
Les comptines autour du visage sont stimulantes et appréciées des enfants. Elles sont aussi d’une grande aide tout comme les activités permettant de développer le goût et l’odorat. Elles seront l’occasion de passer d’agréables moments avec votre enfant tout en l’aidant à mettre en place de nouveaux automatismes, plus appropriés que ceux mis en place jusqu’alors.