Rakesh est un petit garçon de 4 ans et demi, scolarisé en moyenne section de maternelle. Sa famille est d’origine sri lankaise et vit en France depuis 5 ans. Il est exposé à la maison au tamoul et à l’anglais (langues utilisées au Sri Lanka) et a appris le français lors de son entrée en petite section de maternelle ; il était jusqu’alors gardé à la maison par sa mère.

Il mélange parfois au français des mots en tamoul ou en anglais. La maîtresse se pose des questions et en parle aux parents, même si elle comprend bien Rakesh et ne relève pas de difficulté particulière de communication. Les parents se posent alors la question d’arrêter de parler tamoul avec Rakesh, pour éviter les confusions de langues.

Il n’y a pas lieu de s’inquiéter de ces emprunts, d’autant plus que la maîtresse ne relève pas de difficulté particulière de communication chez cet enfant immergé dans la langue française depuis seulement 1 an et demi. 

S’il s’était montré renfermé, n’échangeant ni avec la maîtresse, ni avec les autres enfants, en difficulté pour parler, il s’agirait alors de consulter son médecin traitant en lui expliquant la situation. Celui-ci prescrira sans doute un « bilan orthophonique avec rééducation si nécessaire ». Ensuite prenez contact avec l’orthophoniste de votre choix.

La première rencontre avec l’orthophoniste consistera à :

  • comprendre la situation linguistique et culturelle (les langues dans lesquelles baigne l’enfant, celles qu’il utilise avec son père, sa mère, ses grands-parents…, les cultures en présence)
  • connaître l’enfant et ses difficultés. 

Des tests seront réalisés, si possible dans les différentes langues de l’enfant. L’orthophoniste évaluera ainsi son niveau de langage et pourra conclure à un retard langagier nécessitant un soin orthophonique ou bien simplement à une exposition insuffisante à une des langues (ne nécessitant donc pas de l’orthophonie).

Le fait de prendre un mot dans une langue pour le mettre dans une phrase de leur deuxième langue est tout à fait normal, tant chez les enfants que les adultes en contact avec plusieurs langues. Il ne s’agit pas de confusion entre les langues mais de facilité et de rapidité dans l’expression : exemple : mot plus fréquent dans une des langues donc choisi préférentiellement, premier mot venu à l’esprit, mot connu uniquement dans une des langues (par exemple le vocabulaire appris à l’école) ou n’existant que dans une seule des langues.

Ce cas de figure ne nécessite donc pas de soin orthophonique car il s’agit d’un phénomène tout à fait naturel chez les enfants bilingues permettant d’assurer la continuité de la communication et des échanges.

Solutions proposées :

  • Plus vous vous adresserez à votre enfant en utilisant cette alternance des codes, ces va et vient visibles entre les 2 langues, plus vos enfants le feront également. Mais cela ne retardera pas leur acquisition du langage.
  • Concertez-vous avec les enseignants et expliquez-leur que ces passages d’une langue à l’autre sont naturels chez les enfants bilingues et que vous les utilisez également, en tant qu’adultes.

Certains enfants passent d’une langue à l’autre plus que d’autres ; cela dépend des pratiques auxquelles ils sont exposés en famille. Ce phénomène est au final naturel. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter sur la confusion des langues car les enfants sont capables très jeunes de séparer leurs codes.