« Mon mari a beaucoup bégayé quand il était petit. Actuellement cela ne le gêne pas, même s’il bégaie encore de temps en temps. Nous voulons devenir parents mais il a très peur que le bégaiement se transmette et que notre enfant ait des problèmes de moqueries à l’école.»
Certains parents qui ont bégayé dans leur enfance ou bégaient encore sont inquiets de transmettre ce bégaiement à leur enfant. Ils craignent le regard des autres et les moqueries. Ils savent aussi que vivre avec un bégaiement dans une société qui ne le comprend pas toujours peut être difficile.
Génétique et bégaiement
Depuis les débuts des recherches scientifiques sur le bégaiement, la question de sa transmission héréditaire se pose. Les premiers articles publiés sur cette question datent d’il y a 100 ans ! De nombreux articles font le constat que les personnes qui bégaient ont souvent d’autres membres de leur famille qui bégaient.
À partir de ces premières observations, des recherches sur les jumeaux ont confirmé que si l’un des jumeaux bégaie il est plus fréquent que l’autre bégaie aussi. Des études sur des familles ayant des personnes qui bégaient sur plusieurs générations ont permis d’identifier plusieurs gènes impliqués dans le bégaiement. Actuellement, les études en génétique portent sur de grandes populations à partir de bases de données de millions de personnes qui ont envoyé leur ADN.
À partir de ces dernières recherches, on a pu montrer que les gènes à l’origine du bégaiement contrôlent les mécanismes cérébraux responsables de la parole. Des études scientifiques montrent en effet que la transmission génétique joue un rôle important dans le bégaiement chez l’enfant. Cependant, les gènes ne sont pas les seuls responsables de l’apparition du bégaiement.
Ce qu’on sait :
Ce long cheminement de la recherche a permis de montrer que :
• Oui le bégaiement a une origine en partie génétique
• Plusieurs gènes ou parties de gènes ont été identifiés
• Les mêmes gènes sont aussi impliqués dans d’autres particularités du neurodéveloppement
• Les gènes identifiés sont aussi ceux qui permettent le fonctionnement du cerveau, notamment la gestion du rythme ou les mouvements de précision (la «motricité fine»)
• Le bégaiement est cependant « multifactoriel »
Autres facteurs
La “recette” du bégaiement contient donc de nombreux ingrédients. Certains déclencheurs restent inconnus ; certains pourraient être des gènes, le fait d’être un homme, d’avoir un tempérament très réactif par exemple. Ce qui est sûr, c’est que le bilinguisme, les choix éducatifs et le statut socio-économique ne sont pas la cause du bégaiement. Il est important de rappeler que les affirmations « le bégaiement est lié au stress » ou « le bégaiement est dû à un traumatisme » sont fausses. La génétique est donc ce qu’on appelle une « prédisposition », il faudra d’autres ingrédients pour que le bégaiement apparaisse et surtout persiste dans le temps.
Mon bégaiement est une force
Si un parent qui a une histoire familiale de bégaiement, le repère chez son enfant, son expérience sera utile. Cela permettra d’identifier les répétitions de sons ou les blocages qui se font avec effort. Le parent pourra aussi détecter les signes d’inconfort de son enfant lors de ces moments de bégaiement.
Quand faut-il consulter ?
L’essentiel pour savoir s’il faut consulter un orthophoniste est bien de repérer si l’enfant est gêné par le bégaiement. L’inquiétude des parents est aussi une raison de consulter. Le premier rendez-vous pourra permettre de rechercher les ingrédients qui peuvent contribuer au bégaiement. Ce qui intéresse l’orthophoniste pour la thérapie, ce sont les ingrédients susceptibles de maintenir le bégaiement. Une partie du travail consiste à rechercher ces ingrédients et à identifier ensemble ceux qui peuvent être modifiés. On ne peut pas modifier les gènes mais il y a de nombreuses autres pistes pour aider l’enfant et sa famille.
L’orthophoniste pourra apporter de l’information sur le bégaiement et aider les parents à observer leur enfant pour voir si le bégaiement est un obstacle. Ils pourront décider ensemble de modifier certains éléments de la situation (le langage adressé à l’enfant, l’accueil des émotions, les connaissances sur la parole et le bégaiement, les rythmes de vie de l’enfant). Quoi qu’il en soit, bégaiement ou pas, l’enfant doit pouvoir dire tout ce qu’il veut, à qui il veut et quand il veut.
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