Le bégaiement, le bredouillement qu’est-ce que c’est ?

Il n’ y a pas un bégaiement mais des bégaiements.
Le bégaiement est un trouble de l’écoulement de la parole qui apparait dans la communication ; il se caractérise par des accidents de la parole ou « disfluences  pathologiques » qui viennent rompre cet écoulement.
Ces accidents peuvent prendre plusieurs formes :

  • Des blocages, l’enfant s’arrête en commençant un mot, ou en milieu de mots ou de phrases. Son souffle est coupé car les cordes vocales s’accolent avec trop de tension. Parfois même il inspire fortement avant de parler.
  • Des répétitions de sons, de syllabes ou de mots, supérieures à trois avec tension associée.
  • Des prolongations tendues de sons.

Ces accidents « disfluences » peuvent prendre de multiples formes et varier suivant les périodes. Ils sont identifiées comme du bégaiement car à l’oreille nous percevons quelque chose de bizarre, une tension et une vitesse anormale. Si vous vous trouvez dans un bus et qu’un enfant parle ainsi, vous auriez envie de vous retourner.

Lorsque le bégaiement devient sévère, ces manifestations s’accompagnent de mouvements tels que des mouvements de tête ou des grimaces.

Cependant, il existe dans la parole de tout le monde des accidents de parole normaux qui servent à l’ajustement de notre discours. Ce sont des mots d’appuis, des hésitations etc. Ces accidents sont nombreux chez le petit enfant en fonction des périodes de développement du langage.

Le bredouillement est également un trouble de l’écoulement de la parole qui apparaît dans la communication. L’enfant parle trop vite. Les accidents de parole normaux sont nombreux et rompent le rythme de la conversation. L’enfant avale quelques syllabes ex : « crocodile » devient « crodile » et on peut ne plus comprendre ce qu’il dit.

Quelles différences entre bredouillement et bégaiement ?

L’enfant qui bredouille ne se rend pas compte qu’il déforme les mots en allant trop vite et qu’on ne le comprend pas par moments.
L’enfant qui bégaie est en général plus conscient de ses difficultés.

Que faire et comment réagir car je lis tout et n’importe quoi sur internet et je suis un peu perdu ?

Au moment où votre enfant bégaie :

Ne jamais lui demander de répéter. Sur le coup, cela améliore la fluence car il n’y a pas de bégaiement en répétition mais cela installe plus profondément le trouble.
Au moment où votre enfant bloque ou répète, l’idée est de l’aider. Un enfant qui bloque se replie sur lui-même, ne regarde plus et s’éloigne de l’échange.
Vous pouvez vous rapprocher de lui, vous mettre à sa hauteur, le toucher avec gentillesse et brancher vos yeux dans les siens.
Ensuite, proposez-lui le mot tranquillement dans l’idée qu’il revienne dans l’échange. Vous pouvez également allonger la voyelle sur laquelle il bloque. En faisant cela, l’enfant sera incité à suivre votre voix et sortira du blocage.

Quand nous l’avons rencontrée, l’orthophoniste nous a conseillé par ailleurs d’aider Octave à finir ses phrases quitte à le faire à sa place ou à simplement lui donner le « mot manquant » pour éviter qu’il ne se désespère plus encore, ce qui ne faisait qu’accroître son stress et donc son bégaiement. Une autre astuce a très bien fonctionné également : allonger très fortement la dernière syllabe du mot précédent le « mot manquant ». Cet allongement a fait surgir le mot tant convoité au moins neuf fois sur dix !
Octave a quasi totalement cessé de bégayer dès que nous avons mis en pratique cette nouvelle approche. Il a alors repris confiance en lui d’une manière remarquable : ce bégaiement lui pesait vraiment.

Les parents d’Octave

Un temps à deux d’une quinzaine de minutes

Prenez un moment seul à seul avec votre enfant, tous les soirs à la même heure et au même endroit. Faites une activité qui vous plaît à tous les deux. Si vous choisissez de jouer ou de lire un livre, vérifiez que ce livre ou ce jeu soit adapté à l’âge de votre enfant.
Pendant ce moment, essayez de parler lentement et redites avec vos propres mots ce que dit votre enfant. La « reformulation » consiste à répéter d’une manière naturelle ce que dit votre enfant. S’il dit : « je vois un garçon qui conduit un tracteur » vous pouvez reformuler en disant « oui, ce garçon conduit un tracteur. »
La reformulation est très importante. Elle permet à l’enfant de rester dans la communication, cela le ralentit et lui montre que vous avez compris.
Plus les phrases sont longues plus cela augmente le bégaiement : Utilisez des phrases simples.
Le but est d’aider votre enfant à être fluide.

Dans la journée

Essayez de reformuler souvent et de le féliciter quand il parle tranquillement.

Si votre enfant qui bégaie est bavard

Ne le laissez pas prendre toute la place avec sa parole ! Cela habitue l’enfant à parler seul, ce qui engendre le bégaiement. Quand vous ne pouvez pas l’écouter ou que vous pouvez l’écouter seulement à moitié, dites-lui gentiment, par exemple : « je ne peux pas t’écouter, tu vois, je prépare le dîner »
Par contre quand vous aurez fini, retournez-vous et prenez un temps pour l’écouter pleinement. Un enfant qui bégaie a besoin que vous lui accordiez toute votre attention lorsqu’il raconte quelque chose afin qu’il reste dans la communication.

Si votre enfant qui bégaie parle peu

Votre enfant a peut-être peur de parler ou peur de bégayer. Incitez-le à parler en faisant avec lui des activités qui lui redonnent du plaisir à parler. Plus il parle, plus cela sera facile pour lui et moins il bégaiera.

Les conseils et leur efficacité

Il est tentant et normal d’avoir envie de donner des conseils à son enfant qui bégaie mais ces conseils sont souvent peu appropriés donc peu efficaces.

Respire !

La respiration est un mouvement automatique et si nous tentons de modifier un mouvement automatique comme la marche, nous n’arrivons plus à marcher. Il en est de même pour la respiration pendant la parole. Vous n’y pensez pas quand vous parlez, demandez à votre enfant de le faire induira chez lui des comportements anormaux.

Calme-toi !

Vous avez raison, cela va l’aider de se calmer mais plutôt qu’un ordre, cherchez la meilleure manière de calmer votre enfant.

Avant tout, restez dans une attitude ouverte par rapport au bégaiement

Parlez du bégaiement avec votre enfant en lui disant que vous voyez qu’il a du mal et que vous essayez de l’aider. C’est un problème mais vous allez trouver une solution.

Notre petit garçon Octave a commencé à bégayer à l’âge de trois ans, quelques semaines avant la naissance de son petit frère. Cela a d’abord duré un mois ou deux, avant de totalement s’arrêter. Quelques mois plus tard, le bégaiement a ressurgi et nous sommes allés voir l’orthophoniste formée dans le bégaiement. Nous avons vite compris que malgré notre envie évidente de bien faire, nous n’approchions pas le problème de la meilleure façon avec notre fils.
Pour commencer, nous n’avions pas nommé le bégaiement lors de son apparition et essayions plutôt de faire « comme si de rien n’était ». C’est mon fils qui, un jour où les mots ne sortaient vraiment plus, m’a dit : « Maman, ça me fait de la peine. », ce qui correspondait bien à sa nature à la fois bavarde et perfectionniste. C’est alors que j’ai décidé de prendre rendez-vous avec une spécialiste. Au téléphone, elle m’a tout de suite conseillé, en attendant de la rencontrer, de nommer ce qui se passait à Octave et de lui expliquer que cela passerait. Le simple fait de savoir qu’une « spécialiste des mots » allait l’aider à régler son bégaiement a déjà bien fait diminuer ce dernier !

Les parents d’Octave

Faites confiance à votre enfant et rendez-le le plus autonome possible.

Faites confiance à votre enfant l’incitera à son tour à avoir confiance en lui. Il sera d’autant plus prêt à prendre des risques pour parler.
Lui faire des compliments dès qu’il va de l’avant ou réussit quelque chose d’inhabituel l’aidera également.
L’autonomie se travaille tôt, en suivant l’évolution des capacités de l’enfant.
Après une phase où vous l’accompagnez, vous le mettrez en situation de faire tout seul. Par exemple : allez trouver avec lui un enfant dans un square pour jouer avec lui, puis le laisser jouer seul et la fois suivante lui demander d’y aller seul.

Le sommeil est important

Le manque de sommeil joue sur l’écoulement de la parole : « la fluence ».

Le bégaiement restait encore bien prononcé par moments, surtout quand Octave était fatigué. Nous avons donc fortement diminué ses activités périscolaires et réinstauré la sieste le mercredi et le week-end.

Les parents d’Octave

Dois-je consulter un orthophoniste pour faire un bilan ou non ?

Au secours, mon enfant bégaie !

Lorsque le bégaiement arrive, vous pouvez vous sentir paniqué ou coupable. Dites-vous bien que si vous aviez voulu fabriquer un bégaiement chez votre enfant, vous n’auriez pas pu. Il faut beaucoup de conditions réunies pour bégayer.
Un certain nombre de facteurs sont nécessaires à l’apparition d’un bégaiement, en particulier un terrain génétique et des particularités neurologiques. Dans le cerveau, les connexions entre les neurones de la zone de la parole se font plus lentement. L’enfant qui bégaie ne peut donc pas parler aussi vite sans bloquer qu’un autre enfant.
Heureusement notre cerveau est adaptable, particulièrement avant 6 ans.
Quatre enfants sur cinq récupèrent spontanément du bégaiement sans traitement orthophonique particulier.

Comment savoir si mon enfant va récupérer ou non ? Comment évolue cette récupération ?

D’après les études, les enfants peuvent récupérer spontanément pendant trois ans après l’apparition du bégaiement, mais les chances de récupération diminuent avec l’âge. Les chances de récupération sans traitement orthophonique sont de 80% à 3 ans. A 6 ans, l’enfant n’a plus que 10% de chances de pouvoir récupérer spontanément.
Le bégaiement est un trouble fluctuant par nature. Tous les enfants ont des moments où ils bégaient plus, d’autres où ils bégaient moins ou pas du tout. Vous pouvez voir si votre enfant est en train de récupérer si les périodes bégayées deviennent plus courtes et si le bégaiement diminue en fréquence et en sévérité. Si c’est le cas, il vous suffit d’appliquer les conseils décrits dans cet article et de surveiller que le bégaiement s’amenuise petit à petit.
En général, il est conseillé de faire un accompagnement orthophonique toutes les semaines lorsque l’enfant bégaie depuis plus de 6 mois/un an et que le bégaiement augmente.

Surveillez l’évolution : six mois ou un an après le début des troubles, si c’est pire, c’est le moment de consulter, si c’est mieux, pas la peine de consulter. Si votre enfant a plus de cinq ans, il est urgent de consulter quoiqu’il arrive.

Vous pouvez, pour visualiser les progrès, faire une courbe en notant chaque jour un degré moyen de sévérité du bégaiement de votre enfant de 0 à 9. Cela permet de mieux se rendre compte de l’évolution du bégaiement.

Vous devez faire un bilan orthophonique si :

  • votre enfant bégaie depuis plus de 6 mois à un an sans amélioration,
  • s’il a plus de 5 ans,
  • s’il y a d’autres personnes dans la famille qui bégaient,
  • s’il a un problème de parole ou de langage associé (par exemple, il prononce mal certains mots),
  • si on ne le comprend pas,
  • si votre enfant est conscient de son bégaiement et qu’il en souffre,
  • si vous êtes vous-même angoissé par le bégaiement.

Les possibilités de récupération avant 6 ans avec traitement orthophonique sont optimales.
Après 6 ans, les enfants peuvent récupérer également, mais le traitement orthophonique risque d’être plus long.
Dans la population générale, environ 8% des enfants bégaient ou ont bégayé. Le bégaiement apparait dans la moitié des cas tout d’un coup et dans l’autre moitié des cas, lentement en suivant la progression du langage.

Deux types de traitement orthophonique existent si besoin

Une approche directe où on agit sur le bégaiement de l’enfant (programme Lidcombe)

Une approche indirecte où on agit sur l’environnement de l’enfant de manière à améliorer la fluence (approche demandes et capacités et PCI, interaction Parent enfant)