Quelques jours plus tôt, rien ne laissait penser que ce jeune adulte actif et entouré d’amis se retrouverait aux urgences pour des symptômes neurologiques inquiétants. Comme beaucoup de jeunes de son âge, il pensait que les consommations en soirée seraient sans conséquence pour sa santé.
Pourquoi consomme-t-on des drogues ?
Nous vivons dans un monde stressant, compte tenu de nos obligations personnelles et professionnelles. Nous sommes très sollicitées par les réseaux sociaux, en constante vigilance. La tentation de nous comparer aux autres est forte. Dans ce contexte, il est normal de ressentir le besoin de se détendre ou de relâcher la pression.
Parfois le temps et la motivation nous manquent pour mettre en place des habitudes saines. Certaines personnes cherchent alors des moyens rapides d’échapper au stress ou au quotidien. Les raisons sont multiples et souvent complexes. Certaines personnes cherchent à apaiser une souffrance, d’autres à se sentir mieux, à s’intégrer ou simplement à expérimenter. La consommation s’inscrit souvent dans un contexte personnel, social ou émotionnel qu’il est important de comprendre.
La consommation de substances psychoactives (qui ont un effet sur nos perceptions et sensations) apparaît souvent dans ce contexte, notamment lors des soirs de fête. Ces produits sont alors perçus comme des moyens de se relaxer, de se désinhiber ou de partager un moment convivial.
Nathan décrivait ces soirées festives comme de simples moments entre amis : quelques verres, parfois du cannabis ou du protoxyde d’azote. Pour lui, cela faisait partie de la fête.
Cependant, ce qui commence comme une consommation occasionnelle peut progressivement prendre plus de place dans la vie quotidienne.
Qu’est-ce qu’une drogue ?
On appelle drogue toute substance psychotrope ou psychoactive qui agit sur le système nerveux central et modifie le fonctionnement du cerveau. Elle peut altérer les sensations, les perceptions, l’humeur, la motricité ou encore l’état de conscience.
Parmi les substances les plus courantes, on trouve :
- L’alcool, qui est un dépresseur du système nerveux central, qui ralentit l’activité cérébrale
- Le tabac, dont la nicotine entraîne une forte dépendance à la fois physique et psychologique
- Le cannabis, souvent consommé avec du tabac, dont les effets peuvent durer jusqu’à 24h
- Le protoxyde d’azote, actuellement très à la mode, parfois appelé « proto » ou « gaz hilarant »
Actuellement en France, l’alcool, le tabac et le protoxyde d’azote sont en accès libre pour les adultes de plus de 18 ans. En revanche, la possession et la consommation de cannabis restent interdites. Les réglementations sont actuellement renforcées (mars 2026) pour limiter et sanctionner l’usage du protoxyde d’azote en tant que drogue.
Comment se développe la dépendance ?
La plupart des consommations commencent dans un contexte festif ou social. On parle alors de consommation récréative, car ces substances sont utilisées pour rechercher un effet agréable : détente, euphorie ou désinhibition.
Mais ces produits peuvent rapidement devenir addictifs. La répétition des effets agréables pousse à renouveler la consommation. Peu à peu, la substance peut occuper une place importante dans la vie quotidienne : temps consacré à se la procurer, à consommer, ou encore à récupérer dans les jours suivants…
La dépendance peut être :
- physique, lorsque le corps s’adapte à la substance et nécessite sa présence ;
- psychologique, lorsque la personne ressent un besoin mental ou émotionnel de consommer ;
- ou les deux à la fois.
Pour Nathan, tout s’est installé progressivement, il consommait depuis ses 17 ans à peu près. Il reconnaît maintenant que sa consommation de cannabis s’était fortement accentuée, devenant plus fréquente, sans qu’il l’ait vraiment mesurée.
Les effets sur la santé
Les drogues récréatives peuvent avoir des effets à court terme, mais aussi des conséquences durables sur la santé. Les risques encourus par les consommateurs de drogue sont de plusieurs ordres : des risques psychiques (bad trip, dépendance) et physiques. Il existe des risques directs (risque d’accident de la route, blessures, comportements agressifs…), mais également des conséquences neurologiques et vasculaires graves à la consommation des drogues. Nous ne listons ici que les principaux effets physiques de ces drogues, sans oublier que les effets sur la santé mentale sont très importants.
Alcool et tabac
L’alcool agit directement sur les neurones et peut entraîner, en cas de consommation excessive et prolongée, des troubles de la mémoire et des atteintes du cervelet responsables de difficultés de parole, d’équilibre et de la marche. Il provoque des carences nutritionnelles, notamment en vitamine B1 (thiamine) et en acide folique, ainsi qu’en vitamine B12, ce qui peut conduire à une démence.
L’alcool et le tabac sont deux facteurs de risque importants de survenue d’accident vasculaire cérébral (AVC). Ils endommagent les artères. De plus, l’alcool augmente la pression artérielle, le tabac étant quant à lui une des premières causes du cancer du poumon.
Cannabis
La consommation de cannabis a également des conséquences importantes. L’impact de la substance active du cannabis (le tétrahydrocannabinol ou THC) est connu : il affecte la circulation vasculaire intracérébrale et augmente la pression intracrânienne. Mais on connaît moins le syndrome de vasoconstriction cérébrale réversible (SVCR). Cette complication de la consommation régulière et prolongée de cannabis provoque des maux de tête violents, en coup de marteau, suite à l’inflammation des artères du cerveau. Cela nécessite une hospitalisation.
C’est d’ailleurs ce type de symptômes qui ont conduit Nathan aux urgences.
D’autres complications cérébrovasculaires peuvent survenir, notamment chez les jeunes adultes. Ce sont des AVC ischémiques ou des accidents ischémiques transitoires (AIT).
Par ailleurs, les cannabinoïdes de synthèse (connus sous les noms de PTC, Spice, K2 ou Buddha Blue) représentent un risque particulier. Ces substances peuvent être beaucoup plus puissantes que le cannabis naturel. Elles peuvent être données à quelqu’un à son insu.
Protoxyde d’azote
Le protoxyde d’azote a été détourné de son usage initial (médecine et industrie alimentaire). Il est inhalé pour ses effets euphorisants. Il peut causer une asphyxie par manque d’oxygène (difficultés à respirer), des troubles neurologiques comme des paralysies des membres, des troubles cardiaques et des AVC. Ces risques sont encore trop peu connus.
Des risques pour l’entourage
Toutes les drogues ont des conséquences importantes sur la santé, qu’on en consomme soi-même où que cela soit le cas dans notre entourage. En effet, cette consommation affecte l’ensemble des proches.
Chez les enfants et les adolescents, l’exposition à un environnement où
les substances sont consommées peut perturber le quotidien, freiner ou empêcher le développement et augmenter le risque de conduites addictives plus tard. Faire face à un parent alcoolique, être (exposé au tabagisme ou au cannabis) absorbé passivement sont des situations graves et potentiellement dangereuses pour les enfants.
Durant la grossesse, la consommation de drogues a de nombreux effets sur
le développement du fœtus. L’exemple le plus connu est le syndrome d’alcoolisation fœtale, responsable de troubles cognitifs et comportementaux durables.
Certaines populations sont également plus vulnérables. Par exemple, les personnes souffrant d’ un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) semblent avoir un risque plus élevé d’usage problématique de substances (notamment le cannabis).
Rôle de l’orthophoniste
L’orthophoniste, comme tout professionnel de santé, est un interlocuteur privilégié pour évoquer un problème d’addiction quel qu’il soit. Si vous êtes confrontés de près ou de loin à la consommation de ces drogues, les orthophonistes peuvent vous informer, vous alerter et vous orienter.
Bien entendu les orthophonistes sont également au premier plan pour évaluer et prendre en charge des séquelles neurologiques causées par les drogues et qui affectent le fonctionnement cérébral à long terme, et par conséquent la qualité de vie. Ces séquelles peuvent altérer le langage et la communication, voire l’ensemble des fonctions cognitives (mémoire, calcul…) ou bien la capacité à s’alimenter et à déglutir.
Dans un monde qui va toujours plus vite, la tentation de chercher des moyens rapides de se détendre est compréhensible. Cependant, les drogues dites « récréatives » ne sont pas sans danger.
Même lorsqu’elles sont consommées dans un contexte festif, ces substances peuvent entraîner une dépendance, favoriser des comportements à risque et provoquer des complications médicales parfois graves, notamment neurologiques et cardiovasculaires.
Les séquelles sont parfois définitives et peuvent toucher les consommateurs mais également leur entourage proche. L’expérience de Nathan rappelle que ces situations peuvent concerner des personnes jeunes, actives et en bonne santé apparente. Ce qui semble être un simple divertissement peut parfois avoir des conséquences bien plus sérieuses sur le cerveau et sur la santé. Des aides sont possibles pour accompagner les personnes et leur entourage.
Pour en savoir plus
MILDECA: mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (https://www.drogues.gouv.fr/)
Jouanjus, E., & Wolff, V. (2020). Cannabis et atteintes vasculaires cérébrales : État des connaissances sur les pathologies cérébrovasculaires observées dans un contexte d’usage de cannabis. La Presse Médicale Formation, 1(4), 364-372.
De Alwis, D., Lynskey, M. T., Reiersen, A. M., & Agrawal, A. (2014). Attention-deficit/hyperactivity disorder subtypes and substance use and use disorders in NESARC. Addictive Behaviors, 39(8), 1278–1285. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2014.04.003
Pour se faire aider et conseiller
Drogues info service : 0800 23 13 13 (https://www.drogues-info-service.fr/ )
Centres CSAPA (Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) près de chez vous
En cas de danger immédiat
Appeler le 15 ou le 112



