Elsa est au collège. Il parait que c’est de famille alors personne ne s’en préoccupe. Mais Elsa a maintenant des idées noires, elle se trouve anxieuse, elle a l’impression que les autres y arrivent et elle se sent différente, nulle. pourtant elle se donne souvent du mal pour être “à la hauteur” et ce ne sont pas les idées qui manquent.
Et si Elsa avait un TDAH ?
Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement dont les symptômes apparaissent au cours du développement. Il associe des difficultés attentionnelles, une hyperactivité et de l’impulsivité.
Chez les filles et les garçons, les changements hormonaux liés au développement ne sont pas identiques. Ces variations peuvent influencer la manière dont les symptômes du TDAH s’expriment.
Les taux hormonaux varient d’une personne à l’autre mais aussi entre les hommes et les femmes.
Comment interviennent les hormones ?
Les taux d’hormones sont différents entre les personnes et différents entre les hommes et les femmes. Nous allons ici nous intéresser à deux phénomènes dans le cerveau : la transmission de la Dopamine (rôle essentiel dans le mouvement, la motivation, le plaisir et la récompense) et la libération d’œstrogène (impliquée dans la communication, la reconnaissance sociale, l’agressivité). Ces différences s’accentuent au cours du développement.
Dopamine : chez les garçons, avant et pendant leur puberté, on observe un nombre très important de récepteurs de dopamine, cette surproduction favorise l’expression de l’hyperactivité chez les garçons. Ces récepteurs dopaminergiques diminuent de moitié après la puberté, puis se réduisent encore à l’âge adulte. C’est une des raisons pour lesquelles les symptômes d’hyperactivité et de dysrégulation émotionnelle s’atténuent chez l’homme adulte.
Œstrogène : Pendant la puberté, les filles montrent une augmentation des récepteurs de la dopamine avec l’augmentation de l’œstrogène, c’est donc l’effet inverse qui est observé, cela entraîne une augmentation de l’agitation, de l’opposition, de l’impulsivité. Si cette modification de comportement social est associée à des difficultés de sélectivité attentionnelle, de désorganisation, de mémorisation, il faut envisager un trouble du neurodéveloppement.
Contrairement aux idées reçues, le TDAH ne concerne pas uniquement les garçons. Si les garçons sont davantage diagnostiqués pendant l’enfance, notamment en raison de symptômes plus visibles, les études montrent qu’à l’âge adulte le ratio entre hommes et femmes tend à s’équilibrer. La demande de diagnostic chez les femmes adultes est plus importante que chez les hommes, cela explique bien que leur diagnostic soit plus tardif car leurs symptômes visibles apparaissent plus tard.
Pourquoi le diagnostic est plus tardif chez les femmes ?
L’évolution hormonale modifie la régulation des fonctions du cerveau c’est pourquoi le TDAH s’exprime différemment au cours des périodes de la vie. De plus, des stéréotypes de genre interviennent dans l’interprétation des symptômes. Alors que les garçons atteints de TDAH sont souvent plus hyperactifs et impulsifs dans l’enfance, les filles ont tendance à manifester des symptômes plus subtils, comme l’inattention, la désorganisation et la distractibilité, qui passent parfois inaperçus ou qui sont normalisés “car cette une fille”.
L’inattention
Les filles avec TDAH sont souvent décrites comme étant rêveuses, timides ou réservées. Leur inattention peut se manifester par des difficultés à se concentrer en classe, à terminer leurs devoirs ou à rester engagées dans une conversation. Cependant, parce qu’elles sont généralement moins perturbatrices que les garçons, leurs symptômes peuvent être négligés ou attribués à un manque de maturité ou à une personnalité introvertie, voire dépressive.
L’hyperactivité, impulsivité
L’hyperactivité chez les filles peut se manifester différemment de celle des garçons. Plutôt que d’être physiquement agitées, les filles peuvent avoir une activité mentale intense, avec une pensée rapide et désordonnée, des pertes d’idées. Elles peuvent également compenser leur hyperactivité par une participation accrue à des activités sportives ou créatives, ce qui peut masquer les symptômes. Néanmoins, cette hyperactivité cognitive (beaucoup d’idées, beaucoup de coq à l’âne, une pensée en amenant une autre ou un mot entendu les faisant penser à une autre idée qui leur fait perdre le fil de la conversation) peut entraîner une fatigue mentale importante et des difficultés à s’endormir, à suivre une conversation, et générer du stress, de l’anxiété car elles sentent leur difficulté.
La dysrégulation émotionnelle
Les filles atteintes de TDAH sont également plus susceptibles de souffrir de dysrégulation émotionnelle. Elles peuvent avoir des sautes d’humeur importantes, passant rapidement de la joie à la tristesse ou à la colère. Cette labilité émotionnelle peut compliquer les relations sociales, et favorise un sentiment d’incompréhension, elles sont perçues comme imprévisibles ou trop sensibles. À l’adolescence, ces difficultés émotionnelles peuvent conduire à des problèmes de santé mentale associés plus graves, comme l’anxiété, la dépression ou les troubles du comportement alimentaire.
Les variations hormonales
L’expression des symptômes du TDAH est très liée au cycle hormonal et à ses variations dans le mois et tout le long de la vie. Pour cette raison, les périodes prémenstruelles et de pré-ménopause sont des périodes à risque par la baisse des œstrogènes. Les symptômes du TDAH qui jusqu’alors étaient bien compensés par une “sur-organisation” s’intensifient. Les difficultés attentionnelles et exécutives sont alors très marquées et injustement associées à un vieillissement cognitif.
Les symptômes du TDAH varient au cours de la vie et sont liés au développement hormonal et aux modifications du nombre de capteurs de dopamine chez le garçon comme chez la fille. Pour éviter de fausses interprétations des comportements, il faut s’intéresser au fonctionnement de la personne et à ce qu’elle trouve difficile à réaliser dans son quotidien.
Certaines périodes de transitions clés (adolescence, maternité, pré-ménopause) sont des transitions de vie à surveiller, c’est la raison pour laquelle l’étape de diagnostic est essentielle afin d’accompagner chaque femme au cours de sa vie. L’introduction d’un traitement par méthylphénidate n’est pas liée à l’âge mais aux difficultés du maintien des adaptations efficaces.
L’orthophoniste peut explorer le fonctionnement cognitif et plus particulièrement la communication à tous les âges de la vie pour compléter l’analyse médicale de votre médecin et mieux repérer les symptômes de TDAH. Elle accompagne en psychoéducation les personnes avec TDAH et leur entourage.



