Gabriel sort d’une visite chez l’ORL (oto-rhino-laryngologiste), à la demande du médecin scolaire qui s’interroge sur un retard de parole.
Ses parents sont très étonnés : ils viennent d’apprendre que Gabriel souffre d’une otite séro-muqueuse, alors même que leur fils n’a pas de fièvre et ne semble pas douloureux. Les otites, ça ne fait pas mal ?
L’otite moyenne aiguë et l’otite séro-muqueuse
Il existe plusieurs types d’otites, qui sont des infections de l’oreille. Nous allons citer les deux plus fréquentes chez les enfants : l’otite moyenne aiguë, notée OMA dans le carnet de santé, et l’otite séro-muqueuse notée OSM et parfois appelée otite séreuse.
Dans le cas de l’otite moyenne aiguë, il existe une petite poche de pus derrière le tympan et en général, on le sait rapidement : l’enfant a mal, il pleure, il a de la fièvre, il mange moins bien. Les signes d’appel sont nombreux ; on prend rdv chez le médecin qui va pouvoir diagnostiquer cette maladie virale ou bactérienne.
L’otite séreuse ou séro-muqueuse, elle, est plus discrète donc possiblement sournoise. Elle donne peu de symptômes, et les enfants s’en plaignent très rarement.
Lors d’une OSM, il y a un peu de liquide derrière le tympan, dans ce qu’on appelle « la caisse du tympan ». C’est en général un liquide clair. Cela engendre un peu de pression mais peu de douleurs, voire pas du tout, et pas de fièvre. Il est facile de passer à côté !

Schéma de l’oreille
Comment fonctionne l’audition ?
Les sons arrivent par le conduit auditif externe, font vibrer le tympan puis les osselets, et la vibration est transmise à l’oreille interne. Pour une bonne transmission de la vibration, il faut que la caisse du tympan ne soit pas obstruée.
La trompe d’Eustache est un petit tuyau qui va de l’arrière du nez à l’arrière de l’oreille, et qui sert habituellement à aérer la caisse du tympan.
Chez les enfants, la trompe d’Eustache est courte et presque à l’horizontale, ce qui va faciliter le transfert des mucosités du nez jusqu’à l’arrière du tympan. C’est pour cela que les enfants ont plus souvent des otites séreuses que les adultes.
De la même façon, les personnes qui ont un dysfonctionnement du voile du palais (la partie molle du palais, tout au fond de la bouche) -suite à une malformation, une opération, une maladie- sont plus à risque d’avoir des otites séreuses, car ce sont les muscles du voile qui permettent la bonne mobilité de la trompe d’Eustache…et donc la bonne aération de la caisse du tympan.
Alors, quels sont les signes d’appel d’une otite séro-muqueuse ?
Même si la baisse d’audition est le principal symptôme de l’otite séreuse, celle-ci est parfois découverte lors d’une visite de routine. Les parents sont alors étonnés d’apprendre que leur enfant a du liquide derrière le tympan, car il ne semble pas gêné. C’est le cas de Gabriel, qui se porte bien et n’a pas de symptôme évident, hormis une baisse de l’audition.
Cependant, certains signes discrets peuvent alerter l’entourage :
- Un enfant qui semble en retrait, un peu dans son monde, notamment quand l’environnement est bruyant
- Un enfant souvent agité, surtout s’il y a du bruit autour (à la crèche, à l’école)
- Un enfant qui se touche fréquemment l’oreille
- Un enfant qui se réveille fréquemment la nuit, alors que ce n’était pas le cas auparavant
- Un enfant qui parle tardivement ou a des difficultés d’articulation
- Un enfant qui fait répéter l’adulte, qui veut augmenter le volume de la télévision, qui parle très fort…
Tout cela doit amener à consulter le médecin traitant ou le pédiatre dans un premier temps.
Quand l’OSM touche l’adulte, celui-ci va parfois percevoir une pression derrière le tympan ou une baisse d’audition.
Même si l’OSM est plus rare à l’âge adulte, elle existe et peut être traitée.
Quelles sont les conséquences de l’OSM ?
Si l’otite séro-muqueuse est fréquente dans la toute petite enfance, cela peut avoir des conséquences sur l’audition et donc sur l’apprentissage du langage. Avoir une otite séreuse, c’est un peu comme mettre les mains sur les oreilles. Quand on est adulte, cela ne nous empêche pas de parler parce que nous avons appris il y a longtemps. Pour un enfant en plein développement langagier, c’est une gêne qui peut entraîner des difficultés pour comprendre et s’exprimer : l’enfant entend les sons de façon imprécise, il n’a donc pas le modèle idéal pour progresser. Le signal sonore est un peu brouillé.
Chez les adultes, on trouve parfois des acouphènes, des troubles de l’équilibre, une gêne pour plonger, une pression sur le tympan, des douleurs de faible intensité. Cela peut alerter sur la présence d’une otite séreuse.
Qui diagnostique l’OSM ?
Le médecin généraliste ou le pédiatre peuvent diagnostiquer les OSM. Mais c’est parfois difficile : le conduit auditif du jeune enfant est étroit, et l’examen n’est parfois pas très bien accepté.
En cas de doute, le professionnel de référence est l’ORL (oto-rhino-laryngologiste).
Comment se soigne l’OSM ?
En fonction de l’âge de l’enfant et des observations faites par le médecin, il y a plusieurs options.
Parfois, on attend que l’épisode d’otite séreuse passe spontanément, car le liquide peut se résorber tout seul.
Quelquefois, le médecin va prescrire des médicaments pour aider à faire disparaître l’otite séro-muqueuse.
Quand les épisodes se répètent et qu’il y a un impact, notamment sur l’audition, le médecin ORL peut proposer de poser des aérateurs (souvent appelés yoyos ou diabolos). Ce petit dispositif permet d’aérer par l’avant la caisse du tympan qui est toujours remplie de liquide.
Enfin, si l’otite séreuse a eu des répercussions sur le langage, un bilan et une rééducation orthophoniques sont tout à fait indiqués.
Quand les OSM sont liées à un dysfonctionnement de la trompe d’Eustache, une rééducation orthophonique spécifique peut être prescrite. On l’appelle la rééducation tubaire. Elle peut être effectuée chez les enfants comme chez les adultes.
Comment éviter les OSM ?
L’hygiène ORL est indispensable, à commencer par le mouchage.
Quand le bébé est trop jeune pour se moucher, on va nettoyer son nez et effectuer des DRP (désinfections rhino-pharyngées / désobstructions rhino-pharyngées) au sérum physiologique, tout doucement. Actuellement les ORL ont tendance à déconseiller le lavage de nez à la seringue, qui peut, s’il est mal réalisé, créer des complications. En effet, si la désobstruction est trop intense, le liquide va aller se loger derrière le tympan, via la trompe d’Eustache, et…créer des otites, que l’on cherche précisément à éviter.
Dès que c’est possible, on apprend aux enfants à se moucher.
On connaît certains facteurs de risque de l’OSM : les allergies, le reflux gastro-oesophagien, les infections ORL à répétition, le tabagisme passif, certains irritants environnementaux. Diminuer ces facteurs de risque est nécessaire pour éviter les OSM.
Grâce au rdv ORL, les parents de Gabriel ont découvert qu’il avait une otite séro-muqueuse. Cette affection fréquente chez l’enfant se soigne, mais on peut aussi agir en prévention : le mouchage est indispensable dès le plus jeune âge. La diminution des habitudes de succion est également importante : une succion prolongée augmente le risque de ventiler par la bouche, ce qui majore les infections ORL.
En cas de doute, prenez rdv avec le médecin traitant ou le pédiatre. Au besoin, vous serez orientés vers un ORL pour un examen plus complet.



