Ils sont inquiets car Ariane mange très peu et elle est assez sélective. Le pédiatre et l’orthophoniste ont évoqué un profil de « picky eater ». De quoi s’agit-il ?
Le « picky eater » ou « petit mangeur ».
Picky eater est un terme anglais, qui a plusieurs traductions en français. On parle de « petit mangeur », de « mangeur difficile ».
Il s’agit d’une personne, enfant, adolescent ou adulte, qui se contente de manger de petites quantités d’aliments, qui est souvent sélectif, mais qui, au final, a une croissance régulière.
Il ne s’agit pas d’une pathologie alimentaire, mais plutôt d’un profil particulier, tout comme on voit parfois des « bons mangeurs ». Il est utile de poser des mots sur cette situation : comme dans tout diagnostic, il s’agit d’identifier ce qui se passe pour Ariane, afin de proposer un accompagnement adapté pour elle et ses parents.
En effet, bien qu’il ne s’agisse pas d’une maladie, les parents des picky eaters sont souvent inquiets car ils trouvent que leur enfant mange bien moins d’aliments et surtout en moins grande quantité que les petits copains chez l’assistante maternelle ou à la crèche.
Comment se comporte un picky eater ?
Le picky eater présente une certaine sélectivité et a tendance à fractionner ses prises alimentaires. Il va rarement manger de grandes quantités d’aliments à la fois et va être un peu plus difficile que la moyenne. Son panel alimentaire est restreint, c’est-à-dire qu’il accepte habituellement un petit nombre d’aliments. Cependant, il n’a pas besoin d’avoir des compléments nutritionnels qui sont des produits pharmaceutiques utilisés pour compléter ou enrichir l’alimentation. Il n’a normalement pas non plus besoin d’une sonde pour l’aider à manger. Sa santé n’est pas en danger.
Dans le cas d’Ariane, les repas sont un peu “sportifs” : c’est la bataille pour la faire manger ! Elle refuse souvent ce que papa et maman ont préparé. Elle picore et se contente de petites portions. Pour autant, elle déborde d’énergie. Quand les copains dévorent une assiette de coquillettes, elle se satisfait d’une demi-portion. Là où les copines aiment manger comme leurs parents, Ariane se cantonne à ce qu’elle connaît bien. La sélectivité est fréquente à l’âge de la néophobie mais chez le picky eater, elle reste stable dans le temps.
La régularité de la courbe de poids est un élément important du diagnostic, qui est posé par les professionnels de santé : certains individus seront toujours des petits gabarits, tout en restant en bonne santé. Les picky eaters sont plutôt minces, c’est leur morphologie. Cette particularité ne les empêche pas de grandir, d’apprendre à marcher, à parler, d’avancer dans les apprentissages scolaires, de faire du sport puis, par la suite, d’exercer un métier et d’avoir une vie normale. C’est presque comme s’ils avaient besoin de moins d’apports que d’autres personnes pour mener à bien leur croissance, puisqu’ils semblent picorer la plupart du temps. Généralement, ils sont en bas de la courbe de poids et parfois de taille, mais ils restent dans leur « couloir », c’est-à-dire que, sur le carnet de santé, la courbe évolue de façon régulière.
D’où vient ce profil ? Peut-on le prédire ?
La notion de picky eater est assez récente dans la littérature médicale. Dans le domaine de l’alimentation, les connaissances évoluent en permanence. Les études concernant les « picky eaters » sont de plus en plus nombreuses, sans pour autant arriver à un consensus sur la définition exacte, les causes et les manifestations de ce profil alimentaire.
Même si le mot n’est pas posé tout de suite, on est parfois picky eater depuis la naissance. C’est le cas pour Ariane, qui n’a jamais terminé ses biberons.
Certains enfants ayant eu une alimentation difficile au départ, comme les grands prématurés, sont parfois picky eaters. Ce n’est pas une fatalité et, surtout, ce n’est pas grave.
Les repas des premières années peuvent être difficiles avec les picky eaters ; les parents sont inquiets, ils ont du mal à savoir si ce que mange leur enfant est suffisant et ils vont parfois vouloir le forcer à avaler davantage de nutriments. De plus, ils sont frustrés de constater que leur enfant est plus sélectif que la moyenne.
Parfois, dès la maternité, les professionnels de santé ont dû insister pour que l’enfant se nourrisse, parce qu’il était particulièrement chétif et réclamait peu. Cela peut laisser des traces chez les parents, qui ne se font plus confiance dans leur capacité à bien écouter les besoins de leur enfant. En effet, les parents ont parfois pris l’habitude de nourrir leur bébé davantage pour le faire grossir que parce qu’il leur signalait sa faim.
Comment accompagner un enfant picky eater ?
La première chose à faire, c’est d’en parler avec le médecin généraliste ou le pédiatre. Ce professionnel de santé vérifie que l’enfant est en bonne santé, que la courbe de poids est régulière. Cela peut suffire à rassurer les parents.
Il arrive que l’on sollicite aussi un avis orthophonique. Lors d’un premier rdv appelé “bilan”, l’orthophoniste étudie le développement global de l’enfant, la façon dont les repas se sont passés jusqu’à présent. Le professionnel de santé étudie le panel alimentaire actuel, c’est-à-dire ce que l’enfant est en mesure de manger régulièrement. Il fait également un examen clinique. Durant ce bilan, l’orthophoniste vérifie que l’enfant n’a pas de particularités qui expliquent les repas difficiles : la mastication est-elle bien en place ? La sensibilité dans la bouche est-elle adaptée ?
L’idéal est de proposer un essai alimentaire lors du bilan, et parfois de visionner avec les parents des vidéos des repas à la maison, si c’est nécessaire. On peut aussi en parler avec la crèche ou l’assistante maternelle si les parents le souhaitent.
Tous ces éléments vont participer au diagnostic, s’il n’a pas été posé et permettre de proposer un suivi si besoin.
Le suivi orthophonique d’un enfant picky eater peut avoir plusieurs objectifs : rassurer les parents, les accompagner pour faire découvrir de nouveaux aliments à leur enfant, trouver des stratégies pour des repas apaisés. Même si être picky eater n’est pas une maladie, on peut avoir besoin d’aide pour apprendre à gérer les repas difficiles, sans forçage. L’orthophoniste est là pour développer la curiosité alimentaire de l’enfant, guider la famille dans les essais à reproduire à la maison, veiller à ce que l’anxiété ne soit plus au premier plan lors des repas. Le partenariat parental est indispensable dans ce type de suivi.
Être un picky eater, ce n’est pas une maladie. C’est un profil alimentaire qui inquiète toujours les parents, surtout s’ils comparent leur enfant aux autres enfants qu’ils connaissent.
En cas de doute sur les difficultés alimentaires d’un enfant, le premier interlocuteur est le médecin, qui pourra, au besoin, prescrire un bilan orthophonique. L’orthophoniste est formé à accompagner les familles dans les situations alimentaires complexes.



