Nicolas, 35 ans, vit en couple et travaille. Il est intégré dans la société, est apprécié et a de nombreux amis. Pourtant, il présente un trouble du langage oral qui le limite au quotidien. Le vocabulaire qu’il utilise est imprécis, il a du mal à organiser ses phrases, à raconter une histoire. Il a aussi du mal à suivre ce que les autres disent car les idées s’enchaînent trop vite. C’est très dur de comprendre les sous-entendus ou les jeux de mots. Nicolas vit bien malgré ce trouble mais ce n’est pas le cas de toutes les personnes qui présentent le même handicap.

Qu’est-ce que le trouble développemental du langage oral ?

Le trouble développemental du langage (TDL), anciennement appelé dysphasie, est une difficulté durable d’acquisition et d’utilisation du langage oral. Il s’agit d’un trouble neurodéveloppemental. Il est diagnostiqué par un orthophoniste. Ce trouble est identifié dans l’enfance et ne disparaît pas à l’âge adulte. Même si ces personnes ont souvent développé des stratégies de compensation au fil des années, le TDL reste présent.

D’autres difficultés peuvent être associées :

  • Un trouble de la lecture et/ou de l’orthographe et/ou des mathématiques
  • Une fatigabilité cognitive importante : les conversations demandent un effort conséquent
  • Une faiblesse de l’attention et de la concentration à cause de ces efforts permanents

Il est essentiel de souligner qu’une personne avec un TDL ne présente pas de déficit intellectuel.

Les manifestations du trouble développemental du langage oral chez l’adulte

Les manifestations varient selon la sévérité du trouble. Ils dépendent aussi des moyens de compensation mis en œuvre. Certains signes sont fréquents chez toutes les personnes :

Les difficultés d’expression orale : elles ont tendance à chercher leurs mots, à faire des pauses pour les trouver et à dire « truc », « machin » quand le mot recherché ne vient pas. Leur vocabulaire est réduit, imprécis. Les phrases sont plus courtes ou mal structurées. C’est souvent difficile d’organiser les idées pour raconter une histoire. Elles peuvent mettre du temps à répondre à une sollicitation : elles ont besoin de temps pour comprendre l’information entendue. Elles peuvent aussi hésiter avant de parler, refuser de parler en public, montrer de l’anxiété et même éviter certaines situations où il faut parler.

La compréhension est parfois compliquée. Cela peut entraîner des malentendus dans les conversations quand les phrases sont longues ou complexes. Les échanges avec plusieurs personnes pendant une réunion ou une discussion entre amis, augmentent ces difficultés. En effet, les informations transmises sont nombreuses, rapides et peuvent venir de différents interlocuteurs en même temps. Suivre le rythme d’une discussion s’avère difficile et coûteux au niveau cognitif.

L’usage social du langage, c’est-à-dire des troubles de la pragmatique. C’est un domaine particulièrement sensible chez l’adulte avec TDL. Cela se traduit par :

  • Une difficulté à comprendre les implicites, c’est-à-dire, ce qui est suggéré, non dit clairement,
  • Une mauvaise interprétation des inférences, ce qu’on peut déduire logiquement d’après le contexte,
  • Une compréhension limitée du second degré, de l’humour, de l’ironie, des jeux de mots,
  • Des difficultés à adapter le discours selon le contexte. En effet, on modifie son discours selon qu’on s’adresse à un ami ou à son patron,
  • Une certaine rigidité dans les échanges, ce qui peut donner une impression de maladresse sociale.

Les conséquences sur la vie quotidienne

Le TDL peut avoir un impact majeur, même à l’âge adulte, dans plusieurs domaines.

La vie sociale et relationnelle peut être réduite. Les difficultés de communication limitent la participation aux échanges. Elles provoquent un sentiment d’isolement ou entraînent une perte de confiance en soi. Les difficultés pragmatiques peuvent conduire à des malentendus fréquents, à une gêne dans les conversations informelles (blagues, échanges rapides) et parfois à un sentiment d’exclusion. Quand on a des difficultés d’expression et de compréhension, on peut chercher à les éviter les interactions sociales.

La vie professionnelle peut être plus compliquée car la compréhension des consignes complexes, orales et écrites, est touchée. Cela peut entraîner des malentendus sur la tâche à réaliser. Passer un entretien constitue une épreuve pour une personne dysphasique, tout comme assister à une réunion professionnelle. Il existe un risque accru d’obtenir des résultats scolaires médiocres. Le décrochage scolaire est plus fréquent chez les personnes présentant un TDL que chez les autres. À l’âge adulte, l’accès à l’emploi peut-être plus limité, tout comme l’autonomie dans la vie quotidienne.

La santé psychologique peut être affectée. En effet, les adultes avec un TDL présentent un risque accru d’anxiété ou de dépression, souvent lié à la peur de l’échec de communication et au vécu répété de situations de malentendus. L’incompréhension des sous-entendus ou de l’humour peut provoquer un sentiment de décalage social, une perte de confiance en soi et parfois une tendance à s’isoler. Il existe un risque accru d’isolement social et de difficultés émotionnelles ainsi qu’un risque de confrontation à la justice plus important. Des études ont montré que de nombreuses personnes incarcérées présentent un TDL.
Les conséquences du trouble développemental du langage oral sont donc durables.

Comment bien communiquer avec une personne présentant un TDL ?

Malgré les compensations mises en place par la personne avec TDL, elle est plus fatigable car elle fait des efforts constants. Il est donc important de l’aider de manière bienveillante dans sa communication.

Quelques outils qui aident à mieux communiquer :

  • Fournir des explications claires et explicites pour qu’elle évite les erreurs de compréhension
  • Utiliser des phrases simples et courtes
  • Éviter de lui couper la parole
  • Lui donner du temps pour répondre
  • Il est préférable qu’une phrase contienne une seule information à la fois, avec des mots simples et fréquents
  • Quand la personne avec TDL rencontre un nouveau mot ou une nouvelle expression, il ne faut pas hésiter à lui expliquer et à répéter cette nouveauté afin qu’elle l’intègre
  • Le second degré, l’ironie ou les jeux de mots doivent être utilisés avec précaution, il est essentiel que la personne avec TDL ne se sente pas mal à l’aise
  • Éviter de parler trop vite, de donner trop d’informations en même temps
  • Éviter de s’impatienter en cas d’hésitations de la part de la personne TDL
  • Proposer des reformulations et simplifier les phrases

Quelles sont les aides possibles ?

Etre TDL n’est pas une fatalité. Il existe des aides, technologiques ou humaines pour pallier les difficultés. L’intelligence est préservée, les compétences non verbales aussi, ce qui permet de compenser. La personne présentant un TDL présente d’autres talents. Elle met souvent en place des stratégies efficaces pour contourner le trouble. Elle développe une capacité à apprendre autrement. La motivation, le soutien des proches, la mise en place d’aménagements dans le cadre professionnel constituent des points d’appui essentiels pour bien vivre le TDL.
Il est possible de consulter à tout moment de la vie un orthophoniste pour un bilan et un suivi. Un bilan permet de demander des aménagements pédagogiques si la personne est étudiante ou un aménagement de poste au niveau professionnel. L’orthophoniste peut aussi proposer la mise en place d’aides technologiques adaptées ou de stratégies de compensation utiles au quotidien.

Le TDL est une difficulté invisible mais persistante. Chez l’adulte, il se traduit par des troubles de la compréhension et de l’expression orale, avec des répercussions sociales, professionnelles et émotionnelles. Le TDL à l’âge adulte ne se limite pas à des difficultés de vocabulaire ou de syntaxe. Il touche aussi la pragmatique du langage, c’est-à-dire la capacité à utiliser et comprendre le langage dans sa dimension sociale. Ces difficultés peuvent entraver la communication subtile, indispensable dans la vie sociale et professionnelle.
Un accompagnement orthophonique ciblé, associé à une meilleure sensibilisation de l’entourage (collègues, proches, partenaires), aide à réduire l’impact de ces troubles et favorise une meilleure inclusion. Des aménagements dans le milieu de vie et de travail peuvent être mis en place pour améliorer le bien-être et la qualité de vie. Avoir un TDL n’est pas facile tous les jours et les personnes porteuses risquent de rencontrer des problèmes scolaires, professionnels et personnels. Mais, ce n’est pas une fatalité et vivre bien avec un TDL est tout à fait possible !