Beaucoup de femmes disent la même chose.
Camille a eu un Covid « pas si grave » il y a huit mois. Elle n’a pas été hospitalisée et pensait s’en remettre rapidement. Pourtant, depuis, elle se sent épuisée dès le matin. Elle oublie des rendez-vous, perd le fil de ses phrases, cherche ses mots et se décrit comme « au ralenti ». Au travail, elle n’arrive plus à enchaîner les tâches comme avant. À la maison, elle culpabilise : « Je devrais y arriver, mais mon cerveau décroche ».
Camille se demande si tout cela peut vraiment être lié à son Covid. Et pourquoi, autour d’elle, ce sont surtout des femmes qui parlent de ces difficultés.
Le Covid long, c’est quoi exactement ?
On parle de Covid long lorsque des symptômes apparaissent dans les 3 mois après une infection par le Covid-19 et durent plusieurs mois, sans autre cause évidente, avec un impact sur la vie quotidienne. Ces symptômes peuvent être très variés : fatigue persistante, douleurs, malaise post-effort, troubles de la mémoire ou de l’attention, difficultés à se concentrer, anxiété, dépression. Ils peuvent fluctuer dans le temps, avec des périodes d’amélioration et de rechute. En France, les autorités de santé reconnaissent officiellement le Covid long et ont défini un parcours de soins spécifique.
Les femmes sont-elles plus touchées ? Oui
Les données françaises montrent clairement que le Covid long concerne davantage les femmes que les hommes. En France, environ deux fois plus de femmes que d’hommes déclarent des symptômes prolongés après une infection au Covid-19. Ce constat est retrouvé dans d’autres pays, avec des études de grande ampleur qui aboutissent aux mêmes conclusions. Le sur-risque est particulièrement marqué pour les femmes autour de 40-50 ans. De plus, les femmes atteintes de Covid long présentent davantage de symptômes que les hommes, en particulier de la fatigue, des difficultés de concentration et des troubles de la mémoire. Autrement dit, Camille n’est pas un cas isolé et cette impression que « ce sont surtout des femmes » n’est pas qu’un ressenti : c’est une réalité mesurée.
Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées ?
Il n’existe pas une seule explication mais plusieurs pistes qui se combinent. La recherche continue d’avancer sur ce sujet.
Certaines études suggèrent que la réponse immunitaire après une infection pourrait être différente chez les femmes et chez les hommes. Cela pourrait favoriser, chez certaines femmes, une inflammation plus durable après le Covid-19 et pourrait expliquer la persistance des symptômes et leur vulnérabilité aux troubles neurologiques.
Par ailleurs, le fait que le Covid long soit particulièrement fréquent chez les femmes autour de la quarantaine ou de la cinquantaine interroge sur le rôle possible des changements hormonaux. À ce jour, il s’agit d’hypothèses scientifiques, pas de certitudes. Camille comprend mieux ce qui lui arrive.
Autre piste : les conditions de vie. Les femmes sont plus nombreuses dans certains métiers très exposés pendant la pandémie (soin, éducation, services). Elles ont aussi, en moyenne, une charge mentale plus élevée, avec moins de possibilités de repos pendant la convalescence. Ces éléments peuvent jouer à la fois sur le risque d’infection, compliquer la récupération (reprise trop rapide, arrêt de la rééducation orthophonique et kiné) et influencer l’accès aux soins.
Quels symptômes concernent particulièrement l’orthophonie ?
Le Covid long est une réalité reconnue. Les symptômes ne sont ni imaginaires, ni rares. Leur évolution peut être très variable : certaines personnes s’améliorent progressivement, d’autres ont besoin d’un accompagnement plus spécifique. L’orthophoniste intervient lorsque le Covid long entraîne des difficultés de mémoire, d’attention, de langage ou d’organisation qui impactent le quotidien.
Chez de nombreuses personnes atteintes de Covid long, les difficultés touchent le fonctionnement cognitif, c’est-à-dire la façon dont le cerveau traite l’information au quotidien.
Les plaintes les plus fréquentes sont :
• Une fatigue mentale intense
• Des difficultés à se concentrer
• Des troubles de la mémoire
• Une lenteur pour réfléchir ou organiser ses idées
• Un manque du mot ou des difficultés à s’exprimer comme avant
Ces troubles sont parfois regroupés sous le terme de « brouillard cérébral ». Ils peuvent être discrets mais très handicapants dans la vie professionnelle, familiale et sociale.
Quel rôle pour l’orthophoniste ?
Le bilan orthophonique permet d’identifier précisément :
• Ce qui relève de la fatigue
• Ce qui concerne l’attention, la mémoire, la planification ou l’accès aux mots
Mettre des mots précis sur les difficultés aide souvent à sortir du flou et de la culpabilité.
À la suite du bilan, des stratégies concrètes pourront être mises en place. L’objectif est d’aider la personne à fonctionner mieux au quotidien, par exemple en :
• Réduisant le multitâche
• Utilisant des aides à la mémoire (notes, rappels, agenda)
• Organisant les tâches selon les moments de la journée où l’énergie est meilleure
• Apprenant à gérer son effort mental pour éviter l’épuisement
L’orthophoniste peut aussi accompagner une reprise graduée des activités cognitives, en lien avec les autres professionnels de santé, afin d’éviter les rechutes liées à une surcharge, en cohérence avec les recommandations de réadaptation et d’auto-prise en charge (le pacing et la gestion de l’énergie : planifier ou fractionner ses activités, prévoir des périodes de repos après un effort, prioriser les activités les plus importantes pour soi, prendre son temps et adapter ses activités pour qu’elles consomment le moins d’énergie possible).
Le Covid long touche plus souvent les femmes et peut entraîner des difficultés cognitives réelles, même après une infection initialement bénigne. Ces troubles sont reconnus, étudiés et peuvent être pris en charge. Lorsqu’ils concernent la mémoire, l’attention, le langage ou l’organisation du quotidien, l’orthophoniste a toute sa place dans le parcours de soins.
Bibliographie
Conseil Economique, social et environnemental. Crise sanitaire et inégalités de genre : les femmes en première ligne. Paris, CESE ; 2021
Feliz J, Gonçalves J, Cabedo C et al. Long-term sex differences in symptoms and immune profile in long COVID. Biol Sex Differ 2026
Halas, R.-G et al. Long COVID Prevalence and Risk Factors: A Systematic Review and Meta-Analysis of Prospective Cohort Studies. Biomedicines 2025, 13, 2859.
Joannès C. et Neufcourt L. Une pandémie révélatrice d’inégalités de genre face à la maladie, LA SANTÉ EN ACTION – Nº468 – Janvier 2025
Haute Autorité de Santé. Symptômes prolongés après une Covid-19 de l’adulte : diagnostic et prise en charge. Recommandations de bonne pratique. Saint-Denis : HAS ; 2022-2023.
Santé Publique France. Enquête « COVID long – Affection post-COVID-19, France métropolitaine », septembre – novembre 2022. Premiers résultats. Le point sur. 21 juin 2023. Saint-Maurice : Santé publique France, 4 p. Directrice de publication : Caroline Semaille. Dépôt légal : 21 juin 2023
Shah SJ, Barac A, Klein RS, et al. Sex differences in risk of long COVID: findings from the NIH RECOVER study. JAMA Netw Open. 2025;8(2):e245678.
Les recommandations du Vidal pour le programme de réadaptation à l’effort : https://www.vidal.fr/actualites/30866-covid-long-prescrire-un-programme-de-readaptation-a-l-effort-en-toute-securite.html



