Un diagnostic orthophonique, ça sert à quoi ?
Léa, 8 ans, et ses parents viennent de sortir du cabinet de leur orthophoniste. Celle-ci leur a expliqué en détail les résultats du bilan effectué et a posé un diagnostic orthophonique.
Nicolas, le papa de Léa, a trouvé étonnant que l’orthophoniste ait utilisé des termes qu’il ne connaissait pas pour parler de la dyslexie. Il est donc un peu perdu dans ce qui a été annoncé. Aussi, il se demande ce que ce diagnostic posé va changer pour Léa et son quotidien.
Quel que soit l’âge de la personne, le bilan orthophonique est demandé lorsqu’une difficulté de communication, de langage, de parole, de voix, de déglutition, de cognition mathématique ou des fonctions oromyofaciales soulève des questions. Son objectif est de comprendre la nature des difficultés observées, d’en mesurer les conséquences dans la vie quotidienne et de déterminer si elles relèvent ou non d’un trouble nécessitant une intervention orthophonique. Le diagnostic orthophonique est donc une étape importante dans un parcours de soin.
Le diagnostic orthophonique : donner un nom pour mieux comprendre
Le diagnostic repose sur un bilan orthophonique, qui comprend un entretien avec la personne ou sa famille, le recueil de l’histoire développementale et médicale, des observations cliniques et la passation de tests standardisés. L’objectif est d’avoir suffisamment d’informations pour comprendre la nature des difficultés rencontrées.
L’orthophoniste analyse l’ensemble de ces informations pour déterminer si les difficultés correspondent à un trouble, en préciser les caractéristiques et mesurer leurs répercussions dans la vie quotidienne. Ce diagnostic (comme celui de bégaiement ou d’aphasie) est une conclusion clinique, différente d’un diagnostic médical qui identifie une pathologie plus globale, comme l’autisme ou la maladie d’Alzheimer. Il constitue une étape importante du parcours de soins, car il permet de mieux comprendre les difficultés et d’orienter la prise en charge.
Il ne s’agit pas de poser une étiquette, mais de donner du sens à des signes parfois présents depuis longtemps. Le diagnostic décrit un fonctionnement à un moment donné, à la lumière des connaissances scientifiques disponibles. Il ne résume ni les capacités, ni la personnalité, ni le potentiel d’une personne. L’orthophoniste explique toujours ses conclusions, le diagnostic et les termes utilisés au patient et à son entourage.
Le diagnostic remplit plusieurs fonctions. Il aide d’abord à comprendre des difficultés parfois sources d’incompréhension : un jeune enfant que seuls ses parents comprennent, un adolescent qui évite d’écrire ou un adulte dont les phrases deviennent difficiles à comprendre. En identifiant les difficultés et les compétences préservées, il permet ensuite à l’orthophoniste de fixer des objectifs de rééducation adaptés et de proposer des stratégies répondant aux besoins de la personne.
Il facilite également la communication entre les professionnels concernés (médecins, enseignants, psychologues, ergothérapeutes, neuropsychologues et orthophonistes) et favorise une meilleure coordination des interventions grâce à un vocabulaire commun. Enfin, lorsque cela est justifié, il peut ouvrir l’accès à des aménagements scolaires, universitaires ou professionnels. Leur but n’est pas d’accorder un avantage, mais de compenser les conséquences d’un trouble pour permettre à chacun d’apprendre ou de travailler dans des conditions plus équitables.
Pourquoi les termes changent-ils ?
Le père de Léa s’étonne que l’orthophoniste n’ait pas parlé de dyslexie. Cette question est fréquente. Les termes médicaux évoluent avec les connaissances scientifiques. Les recherches permettent de mieux comprendre les troubles, leurs manifestations et leurs liens avec d’autres difficultés. Les classifications internationales sont donc régulièrement actualisées pour refléter ces avancées et permettre aux professionnels du monde entier de parler le même langage.
Le terme dyslexie reste très connu et largement utilisé. Mais le DSM-5 parle de trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture, tandis que certains travaux francophones et recommandations professionnelles privilégient trouble développemental du langage écrit, qui souligne le caractère développemental du trouble et ses différentes dimensions.
Ces appellations ne désignent pas forcément des troubles différents : elles reflètent surtout des cadres de référence distincts. Harmoniser le vocabulaire facilite la recherche, la communication entre professionnels et la cohérence des parcours de soins.
Recevoir un diagnostic : une expérience souvent ambivalente
L’annonce d’un diagnostic provoque souvent des émotions contrastées.
Chez beaucoup de parents, le diagnostic constitue d’abord un soulagement, diminue la culpabilité et permet souvent de rééquilibrer les relations familiales. Pour la personne concernée, c’est une clé pour comprendre son fonctionnement.
Cependant, le diagnostic peut aussi susciter des inquiétudes. Certains parents craignent que leur enfant soit désormais réduit à son diagnostic ou qu’il soit stigmatisé à l’école. D’autres hésitent à en parler, par peur du regard des autres ou parce qu’ils redoutent que les attentes envers leur enfant diminuent. Les adolescents et les adultes peuvent également s’interroger sur les conséquences de ce diagnostic pour leur avenir scolaire, universitaire ou professionnel.
Ces craintes diminuent souvent lorsque le diagnostic est expliqué de manière claire, replacé dans le contexte global du fonctionnement de la personne et accompagné de propositions concrètes d’aide. Autrement dit, ce n’est pas seulement le diagnostic qui influence le vécu des familles, mais aussi la façon dont il est annoncé, compris et utilisé. Cela fait partie des compétences de l’orthophoniste.
Le diagnostic : un point de départ
Recevoir un diagnostic orthophonique ne signifie pas qu’une trajectoire est définitivement tracée. Les compétences évoluent, les apprentissages progressent et les stratégies se développent tout au long de la vie. Le diagnostic ne prédit pas ce qu’une personne sera capable d’accomplir ; il aide à comprendre les obstacles qu’elle rencontre aujourd’hui afin de lui proposer les moyens les plus adaptés pour les surmonter.
Le diagnostic orthophonique ne définit donc pas une personne. Il constitue un repère partagé entre la personne concernée, sa famille et les professionnels qui l’accompagnent. Bien expliqué clairement et utilisé pour construire un accompagnement individualisé, il devient avant tout un outil de compréhension et d’action. Derrière les mots employés se trouve toujours le même objectif : mieux connaître le fonctionnement d’une personne pour lui permettre de développer pleinement ses compétences et de participer, autant que possible, à toutes les dimensions de sa vie.