Intubation et complications vocales
Manuela et Francis ont tous les deux des difficultés vocales depuis qu’ils ont été intubés. De quoi s’agit-il ? Comment vont-ils faire pour récupérer leur voix ?
Manuela a été renversée par une voiture alors qu’elle traversait la route pour se rendre à son travail. Elle a immédiatement été prise en charge par le SAMU et les pompiers et elle a été intubée sur place afin de l’aider à respirer. Après son transfert à l’hôpital, les médecins ont retiré la sonde d’intubation. Manuela s’est aperçue que sa voix était cassée.
Francis a subi une lourde chirurgie cardiaque, à la suite de laquelle il a été plongé dans le coma durant 3 semaines. Lorsqu’il était en réanimation, il ne pouvait pas respirer seul. Une machine reliée à un tuyau placé dans sa gorge lui permettait d’être oxygéné. Quand il est sorti du coma, la sonde a été enlevée, et, depuis cette date, il a des difficultés à se faire entendre par ses proches.
Qu’est-ce qu’une intubation ?
Habituellement la respiration se fait de façon spontanée. Parfois, il arrive que l’on doive utiliser un tube et une machine pour aider quelqu’un à respirer. Le tuyau, appelé sonde d’intubation endotrachéale, peut être placé par le nez ou par la bouche d’un patient quand son état le nécessite. C’est ce qu’on appelle intubation nasotrachéale (par le nez) et intubation orotrachéale (par la bouche).

Les intubations peuvent être de courte durée et programmées, comme c’est le cas lors des interventions chirurgicales : quand le patient est endormi, le médecin anesthésiste place un petit tube appelé sonde d’intubation dans la gorge du patient, ce qui permet à une machine de remplacer les muscles respiratoires qui sont temporairement anesthésiés et donc inefficaces. Le tube est retiré dès la fin de l’opération : c’est l’extubation. Il s’agit alors d’un geste contrôlé, prévu à l’avance, effectué dans de bonnes conditions.
Parfois, l’intubation doit être réalisée en urgence et l’installation du patient n’est pas optimale. C’est le cas, par exemple, de certains accidentés de la route, qui ne peuvent plus respirer à la suite du traumatisme. Les pompiers et le SAMU interviennent sur place et doivent parfois intuber le patient au bord de la route.
Enfin, il existe des intubations longues, en service de réanimation le plus souvent, pour des personnes qui doivent être assistées dans leur respiration : c’est le cas lorsqu’on est dans le coma.
Quels sont les risques vocaux de l’intubation ?
L’intubation permet au patient de rester en vie, c’est donc un acte indispensable et pas un geste de confort. Cependant, en fonction des circonstances, l’intubation peut créer des lésions du larynx, espace où sont situées les cordes vocales, au milieu du cou.
Il peut exister des complications vocales, non systématiques, en fonction du geste qui a été réalisé.
Lors d’une intubation ou d’une extubation en urgence, le passage de la sonde d’intubation peut déplacer les petits cartilages qui sont à l’arrière des cordes vocales et qu’on appelle aryténoïdes, ce qui va donner l’impression qu’une des deux cordes est paralysée.
Lorsque l’intubation est faite de façon contrôlée mais dure longtemps, on peut constater un œdème laryngé -gonflement à l’étage des cordes vocales- ou parfois des petites lésions, comme des bourgeons qui sont souvent situés à l’arrière des cordes vocales et impactent négativement la vibration.
Qu’il s’agisse d’une immobilité relative des cordes vocales, d’œdème ou de lésions post intubation, la voix de la personne est modifiée : elle peut être rauque, soufflée, manquer de puissance. Le patient peut avoir du mal à se faire entendre en milieu bruyant, se fatiguer et diminuer ses interactions.
Quelle est la conduite à tenir lors d’un trouble de la voix (dysphonie post-intubation) ?
Manuela et Francis doivent dans un premier temps en parler à leur médecin traitant qui les orientera très probablement vers un spécialiste ORL (oro-rhino-laryngologiste).
Celui-ci va les interroger sur leur parcours médical et, à l’aide d’une petite caméra appelée nasofibroscope, va aller voir le larynx et plus précisément les cordes vocales. Ce premier acte est indispensable, car selon le type de lésion ou de difficulté constatée, la thérapeutique sera différente. L’ORL vérifie si les deux cordes bougent de façon symétrique, s’il y a des rougeurs, de l’œdème, et propose ensuite un plan de soins.
Comment soigner une dysphonie liée à une intubation ?
L’examen laryngé permet de définir une stratégie thérapeutique. Il peut, selon les cas, s’agir de traitements médicamenteux, d’une solution chirurgicale ou d’une rééducation orthophonique. Il arrive que deux traitements soient combinés : par exemple, lorsque le cartilage situé à l’arrière des cordes vocales a été atteint, le patient doit parfois se faire opérer et avoir un suivi orthophonique.
Le trouble de la voix (dysphonie) lié à l’intubation peut être transitoire, mais il nécessite toujours un avis médical.
Quand consulter une orthophoniste ?
Dans le cas des dysphonies liées à une intubation, l’examen ORL ou phoniatrique est indispensable (le phoniatre est un médecin, souvent ORL, qui a une formation complémentaire sur la voix et ses pathologies). La prescription médicale est donc souvent établie lors de l’examen laryngé. Les conclusions du médecin sont nécessaires pour que l’orthophoniste puisse faire correctement son travail.
Chez l’orthophoniste, comment ça se passe ?
Lors d’un premier rendez-vous appelé bilan, l’orthophoniste commence par un entretien qui permet de faire connaissance avec son patient, de connaître sa plainte, ses antécédents médicaux, ses besoins vocaux au quotidien. S’ensuit alors un examen clinique avec :
• Une analyse de la voix actuelle
• Des enregistrements audio, et parfois vidéo -on demande au patient de parler, plus ou moins fort, de chanter, de chuchoter
• Des explications sur le suivi à venir et sur l’hygiène vocale en général
L’orthophoniste interroge aussi son patient sur d’éventuelles difficultés de déglutition qui seraient apparues depuis l’intubation et qui feront l’objet d’une prise en soin spécifique.
La rééducation
Commence ensuite la rééducation à proprement parler avec des exercices que le patient devra reprendre à la maison. Le nombre de séances dépend de l’état de santé du patient, de sa dysphonie, de sa progression au fur et à mesure des semaines. Il est souvent utile de demander un contrôle ORL à distance du traumatisme initial pour vérifier avec la petite caméra (nasofibroscope) si tout est revenu dans l’ordre.
Poser une sonde endotrachéale (tube qui passe dans la trachée pour respirer) est un acte médical qui sauve des vies quotidiennement. Malheureusement, il arrive que certaines intubations entraînent des troubles de la voix, réversibles dans la plupart des cas. Un examen médical est nécessaire, et une rééducation orthophonique peut être préconisée.